Gilets jaunes, désignation des porte-paroles et méthode MAVOIX

Il me semble qu’ici on mêle et pourrait mélanger plusieurs niveaux, notamment le fonctionnement interne courant de MaVoix et ce que ça aurait donné en ayant des élus.

En fonctionnement interne déjà, il y a la théorie selon laquelle tout le monde est au même niveau - et il est sain de la garder à l’esprit.
En pratique, cela repose sur le bénévolat donc le fait de bien vouloir, d’avoir la disponibilité et les capacités pour faire telle chose. Et sur le fait de se sentir légitime, ce qui fait que les nouveaux arrivants vont avoir des freins par rapport à ceux qui étaient là avant, qui se montrent déjà « capables » en discours et en actes…

Sur le « dire « je » », c’est assurément vrai pour les militants et citoyens « de base ». Il s’arrête toutefois dès lors qu’il s’agit d’exprimer une position collective, en l’occurrence pour nous s’il s’agi(ssai)t d’exprimer en quoi consiste MaVoix, il y a un noyau dur de position collective bien définie (tirage au sort des candidats, report proportionnel des voix des citoyens) sur lequel ne pas raconter de salades, c’est-à-dire qui devient une réalité objective indépendante de celui/celle qui en parle. Quitte à redire « je » pour tout ce qui est accessoire, périphérique, pas calé ou sans rapport - mais la position définie reste un « nous », ou à la limite un « eux » dont « je » répercute la position sans la partager pleinement si « je » pose une divergence d’opinion sur des points actés.
Il semble nécessaire de préciser cette notion de point acté: idéalement, c’est quelque chose qui a été bien discuté et a fait l’objet d’une majorité ou d’un consensus (un consensus étant un nombre faible d’expressions publiques contre donc une sorte de vote, en fait). Souvent, ça se résume au fait d’avoir laissé des volontaires se lancer sur une mission et accepter le résultat: il pourrait être souhaitable d’expliciter cette étape d’acceptation.

Là où le "dire « je » " s’arrête aussi, c’est dans le cas d’un élu (ou porte-parole) comme on l’aurait souhaité pour nos éventuels députés (cas qui reste un peu théorique pour le moment…), dans la mesure où il s’agit pour eux de répercuter le vote des citoyens votant sur la plateforme de vote dédiée: on arrive à X « pour »/Y abstentions/Z « contre », c’est réparti en tirant au sort entre les élus (ou assimilés) donc chacun émet un vote final qui ne correspond pas forcément à ce qu’il aurait dit personnellement (sachant que son choix aura probablement été exprimé sur la plateforme de vote comme un citoyen parmi d’autres). C’est d’ailleurs différent de représentants « seulement » tirés au sort qui peuvent toujours exprimer leur propre décision, sachant que sur l’ensemble des tirés au sort le total devrait être représentatif.

Dans ce qui a facilité le fonctionnement du collectif, il y a le fait de ne pas être trop nombreux (sinon à un moment il aurait fallu disposer d’une plateforme de vote et fonctionner en réunion éventuellement asynchrone… ceci dit, le forum ou la page Facebook ont cette fonction dans une certaine mesure: on y voit bien ce qui fait consensus ou au contraire polémique). Le fait d’avoir des contingences extérieures, à savoir les contraintes du monde tel qu’il est (avant qu’on le change :slight_smile: ) a aussi joué: cela a posé des délais et a aussi obligé à des concentrations de responsabilités; le wiki mentionne d’ailleurs que des tâches quasi obligatoires dans le contexte électoral ont pu être « douloureuses » Retour d’expériences des ingrédients de la gouvernance expérimentée avec MaVoix — mavoix
Et ce qui aide, c’est aussi le fait d’avoir une cause commune (ainsi qu’une relativisation des divergences de fond: avec nos concepts de base, la plupart des questions de fond qui fâchent peuvent être renvoyées au fait que le peuple votera dessus et que nous-même n’avions pas besoin d’être du même avis dessus pour avancer).

Concernant le mouvement des gilets jaunes:
(déjà il convient de mettre un lien avec l’autre fil là-dessus, d’autant que je réponds un peu ici à ce qui a été dit là-bas: Gilets Jaunes un vivier de mavoix )
la difficulté est qu’il a émergé de façon très horizontale et dispersée, même si d’un autre côté c’est une bonne chose, la question étant d’en faire quelque chose.
Se pose la question du rapport au reste du monde et des pouvoirs, notamment les media, l’opinion publique, le gouvernement en place… concernant celui-ci, ils ont d’ailleurs deux grandes possibilités: demander et obtenir des modifications correspondant à des revendications (oui mais lesquelles?, exprimées ou transmises par qui? comment faire pression de façon à obtenir satisfaction? quand considérer qu’il y a victoire et possibilité d’arrêter en sortant gagnant?), ce qui est une voie « réformiste »; ou alors demander et obtenir le départ du gouvernement (mais comment? quoi mettre à la place? etc…) ce qui est une voie « révolutionnaire ».
En pratique, ce n’est pas si totalement binaire, ne serait-ce que parce qu’un gouvernement peut préférer lâcher du lest sous la pression plutôt que de tomber.
Les questions de gouvernance de la première partie (qui peuvent se re-poser encore plus fort dans la seconde) peuvent amener, au niveau des porte-parole éventuels:
-des porte-parole autoproclamés et partiels avec leurs idées préconçues, à savoir les associations et partis qui soutiennent le mouvement - le premier souci est qu’ils ne représentent qu’une partie, même à eux tous. (le communiqué ci-dessus indique qu’il a été ressenti le besoin de couper un peu la route à ces potentiels récupérateurs, même avec des personnalités éventuellement mal désignées)
-des porte-parole désignés, remontés avec un programme
-des porte-parole désignés, parlant en leur nom propre (mais désignés pour ce qu’ils sont susceptibles de dire…)
-des porte-parole tirés au sort (ou choisis au hasard du passage d’un média sur un barrage…) répétant un programme commun
-des porte-parole tirés au sort parlant en leur nom propre

Pour sortir des personnes, il faut un minimum définir l’ensemble dont elles viennent et la méthode de désignation ou tirage.
Sur le fond, en réalité dès lors qu’il y a discussions le « programme » et le « parler en son nom propre (en ayant entendu les autres) » peuvent relativement converger. Mais pas forcément ni totalement.

Là où on peut apporter des choses, c’est d’une part sur le tirage au sort, d’autre part sur des votes pour construire ou surtout valider un programme (mais là l’outil n’est pas forcément opérationnel et c’est dommage), enfin pour le fait de parler en son nom propre tout en assumant de faire partie d’un collectif mais sans excessivement l’engager.